Ingénieur en mentorat

Pourquoi un programme d’ingénieur en mentorat ?

Avec Dominique Cancellieri-Decroze et Danièle Simon.

En collaboration avec Cap Mentorat : www.capmentorat.org

Ingénieurs en mentorat sur Espace Transitions.

Pourquoi un programme de formation d’IeM ?

Parce que la demande de mentorat explose dans les entreprises. C’est une démarche qui vient des Etats-Unis et qui se développe maintenant en France. On a eu le sentiment qu’il fallait proposer une formation en ingéniérie de mentorat car il y a beaucoup de confusion encore en France entre les différentes formes d’accompagnement (le tutorat, le parrainage, le mentorat, le coaching). Il nous a donc semblé utile de clarifier et de permettre à des coachs de développer une compétence complémentaire à travers cette formation.

On se rend compte que, dans les entreprises qui mettent le mentorat en place en « se débrouillant » toutes seules de façon que ça coûte moins cher, il y a un essoufflement, alors que, dans les entreprises qui se font accompagner sur le processus de mentorat, il y a quelque chose qui perdure et un retour sur investissement, même si ça coûte plus cher, bien évidemment.

Comment définir le mentorat ?

Le mentorat, c’est l’organisation d’une relation entre une personne expérimentée, qui a quelque chose à transmettre de son expérience professionnelle, et une personne en quête d’évolution. C’est une relation fondée sur la confidentialité et le volontariat, et gratuite entre le mentor et le mentoré, et qui demande une ingéniérie dans le processus de mise en place, dans la constitution et la formation des binômes, le suivi, etc. de la démarche.

C’est quelque chose qui vient d’Ulysse au départ. C’est Ulysse qui demande à Mentor de s’occuper de son fils Télémaque pendant qu’il part, et Mentor va jouer le rôle de précepteur, de guide, d’accompagnateur auprès de Télémaque.

Quelle différence entre tutorat et mentorat ?

La grosse différence, c’est que le tutorat se fait dans le cadre d’une action de professionnalisation, c’est une formation métier, et il y a à la fin une évaluation de la personne. Dans le mentorat, il y a une évaluation de la démarche, mais jamais de la personne. Le mentorat n’a pas pour but d’accompagner à l’apprentissage d’un métier ou d’une tâche ; c’est un accompagnement sur le long terme ; il y a un échange de compétences et de savoirs entre le mentor et le mentoré, et c’est moins directif que le tutorat.

Quels sont les objectifs de la formation ?

C’est d’abord de comprendre ce qu’est le mentorat, à quoi il va servir et comment se met en place la démarche. C’est de retirer la confusion dont nous parlions tout à l’heure… Il y a des personnes qui croient qu’un coach peut être un mentor, alors qu’il va accompagner la démarche mais il n’est pas le mentor ; le mentor est interne à l’entreprise !

C’est aussi de voir comment se met en place cette démarche de mentorat, comment se structure le programme et comment s’évalue le processus, quel est le retour sur investissement. Car il faut bien comprendre que, dans le mentorat, il y a une partie organisation d’un processus et une partie relationnelle entre le mentor et le mentoré. Et nous voyons comment l’IeM permet de mettre ensemble des binômes et d’accompagner la démarche de binômage pendant la durée déterminée, en général un an, et comment il organise toute la gestion du projet de mise en place du programme de mentorat. La formation d’IeM permet donc de comprendre comment s’articule le processus et, à l’intérieur, comment la relation mentorale permet de faire évoluer les individus.

Si l’on veut parler de la méthode, les apports théoriques sont alternés avec beaucoup de parties pratiques, et toujours dans l’esprit Espace Transitions, à savoir dans la présence et d’alignement de l’IeM.

Quelles sont les phases d’une démarche de mentorat ?

Il y a 4 phases dans ce processus : une 1ère phase d’analyse des besoins, de diagnostic, avec l’organisation qui met en place le mentorat, pour comprendre ce dont l’organisation a besoin et construire un programme de mentorat qui correspond aux objectifs déterminés par l’entreprise.

Ensuite, dans la phase de lancement, il y a la réunion de démarrage qui est extrêmement importante car il faut donner envie aux gens de participer au processus, et il y a une activité de communication à mener autour du processus car, si on l’oublie, on va connaître un essoufflement. C’est aussi dans cette phase que se fait la formation des mentors et des mentorés ; ils arrivent sans savoir ce que c’est ; ils ne connaissent pas l’objectif de la démarche, et la formation est importante.

Ensuite vient la phase de suivi où la posture de l’IeM consiste à vérifier que les binômes fonctionnent bien, que les rencontres se font régulièrement, qu’il n’y a pas d’insatisfaction entre les personnes, à vérifier que tout se passe au mieux, à assurer aussi un processus d’analyse de pratiques, de co-développement ou de supervision entre les mentors, parfois même entre les mentorés, pour leur permettre d’échanger sur leurs pratiques, de voir quelles sont leurs difficultés ou leurs réussites et en tout cas, de faire circuler l’information autour de ce programme.

Pour quelle durée ?

La plupart des programmes de mentorat sont conçus pour durer 12 mois, parfois un peu moins longtemps quand il s’agit d’un mentorat d’intégration des nouvelles recrues. Pour qu’une relation entre mentor et mentoré s’installe dans la confiance, la confidentialité, qu’il y ait de véritables échanges, que ce soit une valorisation mutuelle réelle, il faut un minimum de 12 mois, parfois 18 mois, mais la moyenne est de 12 mois.

Quelles recommandations pour que la démarche soit réussie ?

Bien souvent, on a des entreprises qui nous disent « on veut faire du mentorat » et on se rend compte que ce n’est pas du mentorat qu’il faut, qu’il vaudrait mieux parfois un coaching ou une formation… La phase du diagnostic est donc très importante.

Une autre phase importante est celle qui consiste à définir l’objectif : on constate que, dans beaucoup d’entreprises qui disent que le mentorat n’a pas marché, c’est parce que l’objectif était mal défini. On passe énormément de temps à définir l’objectif avec l’entreprise…

Quelque chose d’important aussi, c’est la phase de matching… Comment s’effectue le binômage ? Ce dernier n’est pas si évident à faire et l’une des choses que fait l’IeM, c’est définir les compétences qui doivent être celles du mentor, ces compétences dépendant bien sûr de l’objectif de la démarche.

C’est aussi la formation car il faut que les mentors acquièrent un minimum d’outils du coaching pour leur permettre d’accompagner leur mentoré dans la durée avec une posture de mentor, cad une posture non interventionniste. Bien sûr, ils sont là pour donner des conseils et accompagner avec leur propre expérience, mais ils sont aussi là pour écouter, reformuler, bien comprendre la demande du mentoré. Ce sont donc des formations extrêmement importantes et que le coach peut, avec son bagage, leur apporter.

Les coachs ont un bagage, mais il est important qu’ils comprennent qu’ils ont des compétences à développer en suivant une formation à l’ingéniérie de mentorat qui est un processus complexe.

Pour conclure, le mentorat permet de faire grandir le mentor, le mentoré et l’entreprise, l’organisation ou l’association qui le met en place. Dans la démarche collaborative actuelle, c’est quelque chose qui a toute sa place et c’est important pour les coachs de commencer à aller dans ce sens-là. Il contribue à la fois au bien-être des collaborateurs et, même si le but n’est pas la performance, il contribue à la performance collective de l’entreprise. Le mentorat est une démarche d’évolution, de transformation, de métamorphose, de valorisation individuelle et collective.